11h11 – La Newsletter Du Mois De Campus Com – Édition « Le retour des newsletters »

Bienvenue dans cette nouvelle édition de notre newsletter 11h11 dans laquelle nous allons explorer le renouveau de la Newsletter avec un grand N et le pouvoir des histoires. Notre invité, William Réjault, à la fois auteur, chroniqueur, formateur et enseignant, nous dévoile comment la newsletter est redevenue un support de communication incontournable et comment il réussit chaque semaine à engager ses lecteurs en créant des récits qui vous touchent au cœur. Prêt·e à éveiller votre curiosité et à challenger votre storytelling ?

William Réjault, enseignant et auteur, écrit depuis 2003 sur le Web et ailleurs. Passionné des mots, d’AI et de résilience, il enseigne la créativité pour soigner, pour survivre ou parfois pour vendre plus de yaourts.

1# William, il est impossible de résumer en 3 lignes votre parcours. Mais en quelques mots, vous avez débuté votre carrière comme infirmier — que vous racontez dans votre tout premier livre « La Chambre d’Albert Camus » (signé Ron l’infirmier) —, vous avez été blogueur à succès, Community Manager de Zazie, chroniqueur télé, vous avez écrit 11 livres, vous êtes aussi enseignant à Sciences Po et vous écrivez une newsletter semi-payante « Deuxième partie de vie » qui compte + de 5000 abonnés. Que d’histoires (à raconter) !

William Réjault : Je lisais hier une interview de Twiggy, mannequin star des 60’s à qui on parlait sans cesse de son passé et qui disait « Mais moi je ne me suis pas rendu compte que je vivais toutes ces choses merveilleuses, je me levais juste le matin et j’allais bosser ». Alors bien sûr, je n’ai pas rencontré les Beatles ni lancé une coupe de cheveux iconique du milieu des années soixante, mais j’ai vécu un tourbillon un peu fou d’une grosse dizaine d’années qui a commencé par un blog et qui m’a emmené dans des endroits inimaginables pour l’infirmier que j’étais. Mais je me levais juste le matin, que ce soit pour aller interviewer Lady Gaga ou Abba, écrire des bouquins (ça va faire douze, en fait, dont trois en poche) ou bosser dans les coulisses des émissions de Canal + à la grande époque.

Je ne me rendais pas compte que j’avais explosé un plafond de verre ni que c’était totalement fou de décrocher un CDI chez Universal Music en pleine crise du disque. Ma seule manière de bien traverser tout ça, c’était de le raconter et de dire ce que je vivais, comment je le vivais et de poser à voix haute des questions à mes lecteurs : est-ce que tout cela est bien normal ? Est-ce que tout cela est sain ? Est-ce que tout cela a un sens ? Mais plus important encore, peut-être, pour moi : que dois-je apprendre, retenir et transmettre de tout ce que je traverse ? Que comprendre de ce chanteur qui pleure de rage en coulisses de se trouver nul et moche alors que tout Bercy l’attend en criant son nom depuis une heure ? Que penser de cet homme politique charmant en coulisses et odieux à l’antenne (ou vice-versa) ? Qu’est-ce que je fiche là ? Que vais-je donc faire de cette expérience de plus dans ma vie ? Pourquoi c’est toujours à moi qu’on me propose les plans les plus fous ? Et surtout : est-ce que ça va m’aider à m’aimer un peu plus ? Est-ce que ça va enfin renforcer un peu mon amour-propre ? 

J’ai compris tardivement que j’écrivais non pas pour laisser une trace de ce que je traversais, mais pour — comme Julia Cameron l’explique à merveille — laisser sortir tout ce qui doit sortir, sans réfléchir, sans effets, sans calcul, juste pour ouvrir son cœur et déposer ça aux gens qui passent. Ce n’était pas toujours réel (je devais composer avec les noms, les egos, les lieux, le secret médical/professionnel), mais c’était toujours authentique. Quitte à être aimé, je voulais être aimé pour moi. Et quitte à être détesté, pareil. 

Aujourd’hui, j’enseigne. Je forme. J’accompagne. Je ne comprends toujours pas comment j’arrive à amener les gens avec moi, mais ils viennent. Peut-être que j’écoute un peu plus que la moyenne. Peut-être que je juge un peu moins (à peine un peu moins). Peut-être qu’ils comprennent que j’ai un niveau d’empathie assez élevé et qu’ils n’ont rien à perdre à me faire confiance. Je ne sais pas. Une étudiante m’a écrit ceci tout à l’heure : « Je suis très reconnaissante du cœur que vous avez mis dans ce cours et je ne l’oublierai pas de sitôt… ». Je n’ai pas su quoi répondre, car — et ça m’a causé aussi bien des larmes — souvent, j’y mets tout mon cœur ou je n’y mets rien. C’est comme ça que je suis. Et c’est peut-être ça qui fait que « ça marche ». Je ne sais toujours pas.

2# La newsletter connaît depuis 2019 un véritable retour de flamme. Elle est même devenue un média à part entière (à l’instar de TTSO), et s’essaie à un nouveau business model (abonnement gratuit, freemium ou payant) grâce à des plateformes comme Substack. Quelle est la genèse de votre newsletter « Deuxième partie de vie » ? Quel est son modèle ?

W.R. : Oui, j’ai vu arriver le retour en grâce de la newsletter (qui est tout sauf une nouveauté) concomitante à un ras-le-bol des réseaux sociaux, des comptes foireux sur Instagram, des fake news sur Twitter (je résume grossièrement) et de cette foire aux vanités hallucinante que fut Facebook qui n’en finit plus d’agoniser. 
Les gens ont compris que le contenu était toujours quelque part. Il fut un temps ici, il est désormais là, comme le furet. J’ai entamé début 2019 un travail de recherche intense sur le stress post-traumatique et sur l’EDMR comme méthode pour le guérir (spoiler : ça marche du tonnerre), sur l’art-thérapie, sur la puissance des ateliers d’écriture et je me suis dit que je voulais en parler, mais plus sur un blog et plus de manière dispersée, à tout vent. Qui m’aime me follow, me suis-je dit, et j’ai pensé que la newsletter serait privée, parce qu’elle n’a pas vocation à être lue par Google et la terre entière. Qu’elle serait payante, parce que je ne crois pas/plus au gratuit et que, comme tout le monde, ou en tout cas comme beaucoup de free-lance à l’époque, j’avais besoin d’une source de revenus fixes ne dépendant de personne d’autre que moi.
J’ai conscience que tout le monde ne peut pas se payer un contenu premium. Mais le tout gratuit, je ne peux plus. J’écris depuis vingt ans. J’ai parfois besoin d’un coup de pouce. Certains lecteurs s’abonnent pour un an, d’autres pour un mois. Merci. Parfois, je laisse un article en public, quand je le sens. Mais je préfère être moins lu par des gens qui ont choisi de venir que d’être accessible via un moteur de recherche et ouvert à tous les vents et surtout à toutes les polémiques stériles. Chez moi, je parle de ce que je veux. De ce que j’enseigne. De ce que je comprends de la vie, de l’Art qui soigne, des mots qui font du bien et du temps qui passe. Le donner à des lecteurs qui ont accepté de me suivre me remplit de gratitude. Merci, au passage, si vous en êtes. Et bienvenue si vous souhaitez me rejoindre.

3# Toutes les écoles produisent des newsletters, à destination des étudiants, des entreprises, des partenaires, des Alumni… Vous qui avez désormais un pied dans l’enseignement sup’, les écoles devraient-elles se diriger vers un nouveau modèle éditorial, plus axé sur l’expérience utilisateur, une communication authentique et un engagement plus fort ? 

W.R. : Les trois facteurs qui garantissent une audience et élargissent une communauté sont : la régularité, la régularité et la régularité. Le talent n’existe presque pas, je crois beaucoup plus au travail de fond. 

Vous parlez d’expérience utilisateur, je préfère parler de storytelling, que j’enseigne, pour communiquer son enthousiasme, sa sincérité et engager sa communauté. Si je veux des news, des faits, des dates, je vais aller sur les réseaux sociaux ou sur le site officiel. Pour moi, une newsletter d’école, dans l’idéal, c’est de l’histoire orale. Comme dans les livres de Studs Sterkel (je vous recommande Hard Times, histoires orales de la Grande Dépression). Du subjectif, du témoignage, brut, un bout de vie, inspirant ou pas, banal ou exceptionnel, un moment de vérité, un bout de chemin qu’on emprunte avec l’autre. Si vous envoyez une newsletter qui parle d’une personne, elle sera lue. « Plus je suis personnel et plus je suis universel… », si vous envoyez une newsletter qui parle de l’école, du campus, bon courage. Vous cochez une case, certes. Mais pour quel retour ?

Bien sûr que c’est du travail. Et bien sûr que c’est angoissant de laisser raconter une vérité. Un bout de vérité. Évidemment. Mais si vous voulez être lu, il faut se mettre à nu. Parlons business : j’ai un taux d’ouverture de 54 %. Personne ne clique sur une newsletter qui annonce ce qu’on peut lire partout ailleurs. Pas le temps, pas envie. Je suis une marque, une grande école, une institution, une communauté : je dois pouvoir consacrer du temps de lecture ou d’écoute à des histoires mémorables. Ce sont celles-là dont on se souviendra. Et qu’on partagera. Le reste, c’est de la com’ : ça rassure. Mais qui lit vraiment ? Quel impact ? Quelles émotions ? Ethos, logos, pathos. On n’a pas fait mieux depuis Aristote pour captiver une audience.

Question bonus : sans nous dévoiler votre recette secrète, quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un·e Dircom souhaitant proposer une newsletter qui sorte des sentiers battus ?

W.R. : Parlez d’un sujet qui vous passionne, un sujet tellement niche que vous vous dites que personne ne lira ça. Vous allez adorer écrire dessus, vous allez trouver des lecteurs et vous finirez par vous dire que tout cela est follement amusant. Promis. Ma recette secrète, je vous la dévoile, allez… Vous connaissez les deux secrets du succès ? 1) ne jamais tout dire. 😉

Découvrir lanewsletter de William Réjault : https://deuxiemepartiedevie.substack.com/
Le contacter sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/williamrejault

Le coup de cœur « Actualités » : 
« Tous les soirs en deux minutes, soyez la personne la mieux informée de Paris (ou d’ailleurs…) » : voici la promesse de Time To Sign Off (TTSO) ! Cette newsletter, dont le concept de « smart email » nous vient des États-Unis, a débarqué dans nos boîtes françaises fin 2011. Chaque soir, ce média très compacté vous résume les principales informations de la journée en France et dans le monde, tout en proposant des recommandations culturelles, des articles et des vidéos à ne pas manquer. Avec sa touche d’humour et sa plume impertinente, TTSO vous permet de rester informé·e en quelques minutes chrono.
Découvrir la newsletter Time To Sign Off (TTSO) : https://ttso.paris/

Le coup de cœur « Culture » : Coline Debayle, inspirée par la pédagogie de son professeur d’histoire de l’art Gérard Marié à Sciences Po, crée Artips en 2013, une newsletter née de la volonté de démocratiser l’art et de le rendre accessible à tous. Cette newsletter propose deux fois par semaine une anecdote surprenante et méconnue sur une œuvre d’art, un artiste ou un courant artistique. Écrite dans un style ludique et divertissant, Artips Arts (son nouveau nom) permet de découvrir l’art sous un angle original et de se cultiver en quelques minutes. Aujourd’hui, Artips se décline et compte 4 autres newsletters thématiques sur les sports, la musique, les sciences, et l’économie.
Découvrir les newsletters Artips : 
https://www.artips.fr/ 

 

Le coup de cœur « Insolite » : La newsletter « Now I Know » (en anglais) envoie chaque jour une dose de connaissances étonnantes et méconnues sur des sujets divers et variés. Dan Lewis, son auteur, nous fait découvrir des histoires fascinantes, des faits surprenants et des anecdotes qui sortent vraiment de l’ordinaire. Du « ‘mystère du ‘p’ dans ‘pH‘ » à « pourquoi les sièges de cinéma sont-ils tous rouges ?« , Now I Know réveillera à coup sûr votre curiosité à chaque lecture.
Découvrir la newsletter Now I Know :
https://nowiknow.com/